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Les choses semblent donc bouger doucement en Birmanie, en ce moment !
Du coup, on entend des gens déclarer que ça y est, la démocratie est là. D’autres disent ne pas être dupes. L’avenir dira qui a raison ! Mais le chemin à parcourir risque d’être encore long avant qu’il ne soit radieux. Même si le régime s’assouplit et qu’advient la démocratie, un autre problème va surgir, auquel fait déjà face la junte depuis des décennies : les velléités d’indépendance de plusieurs ethnies, les Karen en particulier, mais également les Shans.
C’est dans l’état Shan que nous passons la 2ème moitié de notre séjour. Il couvre une grande partie de l’est birman. On y entendra moins parler politique que dans la partie centrale (Bamar). Dans cette région essentiellement rurale, les soucis se posent avant tout au jour le jour : chacun tente de mener sa dure vie de fermier comme il le peut – de loin la profession la plus répandue en Birmanie.
Nous arrivons au village de Hsipaw après 6h de bus depuis Mandalay. Le tourisme s’y est développé, principalement basé sur la randonnée dans les montagnes alentours.
Outre les nombreux salons de thé (qui n’ont rien de salon, il faudrait trouver mieux !), l’activité du village est centrée sur son marché animé, où les gens des villages alentours se joignent aux locaux pour vendre leurs produits.
On a gouté ces sortes de melon-courge : aucun gout !
A cours de chaussures de marche, Max tente d’en trouver: les seules disponibles sont des chaussures façon pataugas, vertes pomme, à semelle en pneu, qu’absolument tout le monde porte ici, car ce sont les seules disponibles…Un peu plus tard, on se rend compte qu’il s’agit bel et bien..des chaussures de l’armée chinoise ! Elles valent 3 dollars, et durent bien 6 mois si on en prend soin ! D’ailleurs, les militaires birmans les portent eux aussi…
Le village est traversé par la belle Chidwin river, gorgée de boue en cette époque de fin de saison des pluies. On en apprécie la vue depuis un monastère surplombant la vallée.
Tout autour, des cultures, principalement de riz. Les paysannes s’y affèrent, le temps de la récolte est proche.
De manière générale, les femmes font les travaux les plus ingrats, y compris lorsqu’il s’agit de transporter le produit des récoltes ou de la cueillette du jour ! Il est beaucoup plus courant de voir de pauvres femmes chargées comme des mules, que d’hommes (même si cela arrive !), aussi bien en plaine que dans les montagnes.
Les enfants les accompagnent parfois, aidant ou s’occupant comme ils peuvent !
De manière générale, on se balade en permanence au milieu d’une foule d’animaux domestiques. Chaque maison-ferme joue l’autosuffisance, mais on ne sait pas si les chats bien nourris le sont en tant qu’animaux de compagnie ou pour être vendus dans certains restos et y finir en soupe…!
Pas mécontents de notre situation oisive, nous nous promenons parmi les rizières en direction de magnifiques chutes d’eau.
Elles ne sont pas traitées et regorgent donc de vie, surtout dans la végétation fleurie qui borde les chemins et les multiples chenaux. Les papillons s’envolent par grappes à notre passages, les coléoptères se régalent, les libellules se font la cour...
Les tariers pâtres sibériens et Pies-grièches brunes semblent s’y plaire pour passer l’hiver, alors que les Hirondelles à longs bruns nichent dans les vieilles fermes. Un superbe mâle de Busard pie survole la plaine.
Ayant étudié les cartes des alentours, nous avions envie de nous diriger vers les montagnes, dans la région Palaung. Notre objectif est un village situé à 90 km de là, Namshan. On loue une moto, et c’est parti pour une journée de voyage, à notre rythme ! Nous faisons halte dans le village Shan de Panlon.
Mais c’est avec une descendante d’immigré népalais que nous faisons connaissance. Les Népalais se sont implantés un peu partout dans les montagnes alentours, amenés en Birmanie pour travailler de manière plus forcée qu’autre chose sur les grands chantiers, comme ce fut également le cas pour nombre d’Indiens, enrôlés pour combattre du coté des Anglais.
Chez elle, c’est un joli bazar de bric à brac, au milieu duquel trône la fameuse machine à coudre Singer, complètement surannée chez nous, mais la seule et unique en Birmanie !
On poursuit la longue route, passant parfois parmi de belles forêts, où volent les troupes multicolores de Minivets écarlates.
La route monte, puis redescend vers le village de Lelu, situé dans la vallée d’une grande rivière. Il s’agit d’un grand chantier de route débuté l’an passé, et dont les travaux reprendront surement après la saison des pluies.
Du coup, ça se corse : la route grimpe de plus en plus et devient très boueuse, servant de lit aux ruisseaux résultant de la pluie du matin, le tout aggravé par le passage des quelques camions. On dérape, et on s’en fout partout !
On arrive à Namshan au crépuscule, accueillis par quelques engoulevents que les enfants visent (et ratent, heureusement pour cette fois) au lance-pierre, sport infantile répandu en Asie… Au petit matin, la rue sinueuse principale grouille d’animation. Le village est bâti le long d’une crête à environ 1600 m d’altitude, et s’étend sur près de 2km, pas mal pour un bled si reculé !
Les moines passent faire la quête matinale de nourriture devant les maisons
Tandis que les enfants partent à l’école
Plus qu’un bled, Namshan est en fait la capitale du sous-état Palaung, l’une des ethnies les plus anciennement arrivées en Birmanie, bien avant la poussée vers le sud des chinois méridionaux qui constituent actuellement la majorité des peuples sud-est asiatiques. Nombreuses sont les femmes à porter le vêtement traditionnel. Trois sous-groupes Palaungs se distinguent par… leur ceinture ! Les Pale portent une ceinture d’argent, comme ces femmes.
La jeune génération et une partie des femmes plus âgées s’habillent toutefois plutôt selon la mode birmane plus classique (certainement au grand désespoir des photographes croisés à Hsipaw en recherche d’exotisme vestimentaire… qu’importe, ils trouveront bien un village à touristes où on leur servira le folklore qu’ils recherchent !)
Chez les hommes, c’est plus varié, souvent plus chinois que birman, par ici (avec, toujours, les chaussures dont on parlait plus haut !)
On fait évidemment plein de rencontres avec les enfants !
La principale source de revenu de la ville (qui nous paraît moins pauvre que la plupart des autres villes birmanes croisées jusque là) est le thé, qui couvre la majorité des pentes alentours. Il est bien sûr principalement récolté par les femmes…
Une partie est peut-être aussi ramenée au village à dos de mules, pour soulager les femmes
Avant d’être trié, puis empaqueté, pour une consommation exclusivement birmane, nous apprend-on.
On se promène le long du village jusqu’à son point culminant, un grand monastère aux multiples stupas
En allant vers les petits villages situés autour de Namshan, des montagnes à perte de vue, on croise d’étranges fleurs et différentes bestioles : écaille, scarabée, agame… et même deux Mangoustes crabières !
Après un jour passé sur place, il est temps de repartir en moto, s’arrêtant en chemin sous un énorme banian (le même que l’arbre sacré sous lequel Bouddha a eu son illumination)
Plus bas, nous croisons le chemin d’une Nymphée fuligineuse… Non non, il s’agit juste d’un oiseau, une sorte de rougequeue assez rare habitant les torrents de montagne !
On s’essaye à identifier les femelles des diverses espèces de Gobemouches oranges et bleus, celle-ci étant vraisemblablement un Gobemouche à menton bleu
Nous rallions Panlon en fin d’après midi, croisant les habituelles charrettes à buffles, des femmes toujours chargées…
C’est en train que nous quittons la région, plus lent mais tellement plus reposant que le bus ! Pas si reposant non plus, remarquez, les wagons tanguent de droite à gauche de façon incompréhensible d’ailleurs, car les rails eux, sont droits, et les broussailles qui bordent la voie ferrée ne sont taillées que par… le passage du train ! Eviter de mettre sa main dehors !
A chaque gare, les vendeuses rivalisent d’équilibre pour présenter leurs produits aux passagers
On traverse le célèbre viaduc de Gokteik, qui survole une gorge à plusieurs centaines de mètres de haut
Escale à Mandalay, puis à Thazi, avant de prendre un nouveau bus pour rallier Kalaw, plus au sud de l’état Shan. Au terme d’une longue expédition en bus local (c'est-à-dire les vieux bus de plus 30 ans dont la Chine se débarrasse en Birmanie), dans lequel votre corps vit absolument chaque bosse et chaque trou de la route, nous voici enfin parvenu dans la petite ville au creux de la montagne.
Et comme on a toujours du bol, aujourd’hui, c’est le Pa Than Schwe à Kalaw… Le Pa Than Schwe est une célébration religieuse durant laquelle s’élèvent des prières bouddhistes des temples, que l’on entend dans toute la ville grâce à des hauts parleurs. Les habitants, endimanchés, se rendent tous au temple.
En général, le Pa Than Schwe dure toute la journée, voire parfois une semaine ou dix jours, selon le temple qui l’organise, et s’accompagne de cette musique traditionnelle bimane, une sorte d’avalanche de sons cacophoniques… Allez, on vous en met un petit peu !
Nous participons à une rando de deux jours autour de Kalaw, en compagnie d’autres voyageurs, dont un groupe de rhônalpins bien sympas. Lui, c’est notre guide, Rambo. Autant dire qu’avec un surnom pareil, on préfère se tenir à carreaux ! ;)
Rambo nous emmène à travers la foret et les rizières, autour des villages des minorités Danu des environs, dans lesquels persistent encore des croyances animistes, les chamans… Au détour du sentier, on surprend des enfants dégustant des fruits encore verts, sur l’arbre.
Les oiseaux les plus nombreux sont… Les Pouillots à grands sourcils et les Gobemouche de la Taïga, tous deux venus hiverner par ici
Rivalisant en abondance, les Bulbuls orphées, l’espèce que les Thaïlandais mettent tous en cage devant leur porte. Résultat, on en avait pas vu un seul en Thaïlande. Ici, rien de tel, mais on nous apprend qu’ils sont capturés pour être vendus 5 euros pièce aux Thaïlandais.
Bientôt, la pluie vient nous tremper près d’une heure durant… Et les charrues transforment le chemin en une mare de boue !
Mais les rizières annoncent le retour dans la plaine, les villages Palo, et à nouveau un village Danu dans lequel une famille nous accueille pour passer la nuit : Myin Dike.
Comme nous arrivons de nuit, nous assistons au joli ballet des chandelles posées devant les maisons : les soirs de pleine lune, les familles s’éclairent à la bougie, tandis que les jeunes et les enfants font exploser des pétards festifs.
L’hébergement consiste en des nattes posées à même le sol, et la douche a lieu à l’extérieur, grâce au baquet récupérant l’eau de pluie. La salle commune est partagée avec nos hôtes.
Lors du petit dej le lendemain (pas encore bien réveillés !), on se rend compte que le casque posé sur le sac de riz au premier plan, n’est autre qu’un vieux casque de l’armée allemande de la seconde guerre, recyclé en Birmanie comme casque de moto…
Le temps de taquiner un peu les bambins de la famille qui nous ont tiré du lit à 5h du matin, qui appécie particulièrement les locks d’Adrien, et c’est reparti pour une seconde journée de marche !
Alors que le gros de la troupe va rejoindre le Lac Inle en deux jours de rando, nous rentrons tranquillement vers Kalaw, en compagnie d’une autre guide, Keetha. Tiens, pour une fois, ce sont les hommes qui portent !
Sur le chemin vers le temple souterrain des grottes de Myin Ma, beaucoup d’agitation…
…avant d’atteindre les bouddhas troglodytes, de l’eau jusqu’aux mollets.
De retour à Kalaw dans l’après midi, nous prenons un bus pour rejoindre le Lac Inle, dernière étape de notre séjour birman. Alors que le trajet ne devait pas durer plus de 2h, nous mettons le double de temps à rejoindre Inle, à cause d’une panne…d’essence ! (la seule panne qui aurait pu être évitée !)
Mais finalement, nous y voici, et découvrons les splendeurs du lac Inle à bord d’une petite barque à moteur.
D’abord, les pécheurs Inthas, qui rament en équilibre à l’aide d’une jambe, technique unique au monde leur permettant de garder les mains libres pour installer leur filet…
…ceux qui abattent leur rame dans l’eau pour rabattre le poisson, dans un mouvement perpétuel incessant, mécanique…
Le lac Inle fut l’un des tous premiers sites ouverts au tourisme, il y a plus de 20 ans. Lorsque l’on traverse les villages sur pilotis, les jardins flottants, les habitants que l’on croise affichent toujours ce sourire chaleureux, toujours ravis d’avoir de la visite !
Pas énormément d'oiseaux en cette saison, mais l'une des spécialités du lac, le Tarier de Jerdon, est présent au rendez-vous
Les vieilles stupas d’Inthein défient le temps, en attendant d’être un jour restaurées (entendez « recouvertes de ciment puis de peinture dorée ») grâce aux dons d’argent de fidèles, birmans ou étrangers.
Un grand festival a eu lieu ces quinze derniers jours dans les villages autour du lac. Nous avons hélas, loupé la cérémonie de clôture, orchestrée autour de processions et d’une course de bateau, entre 5h et 8h ce matin…soit beaucoup trop tôt pour nous ! On croise un longboat de retour du festival, musique à fond, et ambiance festive à bord !
Le lendemain, nous retrouvons le reste de la troupe de la rando de Kalaw, arrivés la veille au Lac. Nous louons deux bateaux (nous sommes 10 au total) et visitons ensemble le marché de Maing Thauk, avec ses vendeurs de noix de bétel, ses poissons du lac frais…
Nous enchainons avec le marché de Phaung Daw Oo, autour de la Paya du même nom, et débarquons juste pendant la cérémonie d’intronisation d’un jeune moine novice !
Le marché au pied de la paya réunit les habitants de différents villages du lac, notamment les Pa-O. Celles-ci sont toujours vêtues de vêtements noirs et amples qui, d’après la légende, leur permettront de se transformer en dragon plus facilement et de déployer leurs ailes une fois leur heure venue, sans être gênées par des boutons ou des fermetures éclairs !
Leur serviette de bain enroulées en turban colorent joliment leur vêtement traditionnel. D’ailleurs, face aux puissants rayons du soleil, beaucoup cherchent à se couvrir la tête…
Mais déambuler dans le vaste marché, ça creuse ! Allez, hop ! Une bonne tète de poulet !
On découvre ensuite comment fabriquer du fil à tisser en nénuphar (lotus)…
..ou encore comment rouler les Cheeroot, les cigares birmans
Dans une autre maison flottante, des hommes s’usent à la fabrique de couteaux
Et pour tromper l'ennui, des chats ont été dressés à sauter sur commande dans le monastere voisin.
Puis notre séjour touche à sa fin, nous quittons le lac Inle et les Birmans avec qui nous avons passés des moments inoubliables. Nous rejoignons Yangon apres une nuit de bus, puis direction Bangkok pour un transit rapide avant de rejoindre le Laos !
Je vous souhaite encore beaucoup de plaisirs dans cette extraordinaire aventure (un nouveau livre à venir j'espère! " la migration en boucle de Maxime et Anne Laure" par exemple..)
Gilles Corsand
merci encore de nous faire rever! biz