Partager l'article ! Birmanie: de Yangon à Mandalay: Ca y est, nous avons obtenu nos visas, nous embarquons sur un vol Air Asia direction : La ...

Ca y est, nous avons obtenu nos visas, nous embarquons sur un vol Air Asia direction : La Birmanie !
Il existe un vrai dilemme à peser avant d’entrer au Myanmar (nouveau nom du pays donné par la junte au pouvoir en 2005).
Il n’est plus véritablement question de boycott du tourisme , selon un communiqué récent d’Aung San Suu Kyi, la leader de l’opposition libérée l’année dernière, car les devises étrangères s’avèrent une aide trop précieuse pour ce peuple opprimé, et un moyen de relancer l’économie faiblarde du pays. Mais il est inévitable qu’une partie de l’argent des voyageurs finisse dans les poches du gouvernement en place : visa, entrée des sites touristiques, taxes diverses. Toutes les compagnies aériennes birmanes appartiennent à l’Etat ou à son cercle proche, les grands hôtels dans lesquels descendent les groupes organisés sont généralement affiliés au gouvernement…
Il revient à chacun de voyager de façon responsable, afin de limiter au maximum cet impact frauduleux, et d’essayer plutôt de répartir l’argent le plus possible vers les guesthouses privées, les boui-bouis restaurants, les petits marchands etc… Nous nous faisons la promesse de jouer le jeu et rester vigilants, afin d’une part de rester cohérents vis-à-vis de notre aversion face au régime de la junte, et de deux, de filer un coup de pouce aux habitants. Nous espérons y être parvenus, à la hauteur du respect que mérite le peuple Birman.
Nous atterrissons donc à Yangon. L’ancienne capitale de la Birmanie s’est vu voler son statut en 2005 au profit de Naypidaw, une ville quasi inhabitée, dans le centre montagneux du pays, pour des raisons mystérieuses (conseil des astrologues ou stratégie militaire en cas d’attaque, ou les deux). Ainsi, certains quartiers de Yangon sont encore moins entretenus qu’ils ne l’étaient avant : les trottoirs sont défoncés, voire casse-gueule, la circulation chaotique, les bâtiments en décrépitude, parfois des cadavres de bagnoles pourrissent sur le trottoir… Face à toutes les interdictions du régime totalitaire en place, les habitants ont recours au système D pour survivre, et le marché noir va bon train.
Mais la ville dégage quand même une atmosphère sympathique, en grande partie due aux sourires incessamment croisés.
On rencontre des petits bouquinistes de trottoir par endroit. Toutes sortes de livres s’y trouvent, des nombreux manuels scientifiques aux manuels de fitness des années 70, livres de recettes… L’offre est donc en partie présente à Yangon, mais le manque d’intérêt des jeunes entretenu par un système scolaire débilisant ne pousse pas à l’éveil des consciences. On reste stupéfaits face à un journal affichant une photo d’Aung San Suu Kyi en couverture, ce qui aurait valu un emprisonnement au rédac-chef encore quelques mois auparavant ! Depuis sa libération en novembre 2010, et avec l’arrivée de Thein Sein au pouvoir depuis avril dernier, la lente marche vers la démocratisation se mettrait elle doucement en marche ?
Le bouddhisme est omniprésent, en témoignent les Payas et Stupas dorées à chaque coin de rue, ou presque ! Mais qui dit qu’il s’agit d’une philosophie ? Comme n’importe quelle religion, elle sert avant tout les dirigeants : le fatalisme bouddhiste aide beaucoup plus à accepter la situation présente,soit comme étant une conséquence d’une vie antérieure mauvaise, et/ou en comptant sur le fait que la vie prochaine sera meilleure !
Dans la Paya Sule, nous sommes vite pris sous l’aile d’un jeune moine, suivi de deux jeunes birmans, trop heureux de pouvoir nous initier au Bouddhisme Theravada.
Cela ne fait pas une demi-journée que nous nous trouvons en Birmanie, et déjà, nous avons eu plus de contacts avec les gens qu’en 10 jours en Thaïlande ! Nos compagnons de paya nous expliquent aussi l’importance de l’animisme pré bouddhique qui rythme la vie quotidienne des Birmans.
Beaucoup de gens sont très superstitieux, croient aux fantômes et aux Nats (les esprits) dont il faut s’assurer la bienveillance à coup d’offrandes et prières dans les temples. Au pied des Payas de Yangon, des femmes tiennent des nacelles pleines de moineaux et de tisserins… Pour quelques Kyats, on peut relâcher un « lucky bird »…
L’après midi, alors qu’il tombe des trombes d’eau, c’est un petit monsieur qui se démène pour nous trouver un parapluie d’occasion, parmi les nombreux vendeurs de tout, assis à même le sol. Trop heureux de pouvoir pratiquer les cours de français de sa jeunesse (à l’époque, le taux d’alphabétisation en Birmanie était bien plus élevé qu’aujourd’hui, puisque la junte passe son temps à fermer les universités pour éviter que les étudiants ne se réunissent trop souvent…), Augustin nous retrouve le lendemain pour un repas végétarien indien pantagruélique, distribué gratuitement dans le temple dédié à Vishnu, à deux pas de notre guesthouse.
Nous allons ensuite déambuler au pied du trésor de Yangon : la Paya Schwedagon, vieille de 2500 ans, dont le cœur de la flèche abrite une petite sphère d’or ornée de millier de diamants et une émeraude de 76 carats.
De voir ce site fabuleux de nuit est assez magique, les éclairages ravivent la couleur dorée des édifices, dont l’éclat se reflète sur le carrelage mouillé…
Les Birmans viennent prier ou se prosterner devant des statues de Bouddha de mille postures différentes, ou restent simplement assis à discuter dans les temples, sous le regard bienveillant de l’Illuminé !
La Birmanie apparait un peu comme l’Asie des années 40. Le Longyi (sorte de sarong porté en pagne) est toujours porté par la majorité des hommes et des femmes, alors que le jean et les pantalons à l’occidentale ont été largement adoptés dans les pays voisins.
Nous changeons radicalement de décor après 6 heures de bus bringuebalant, et une arrivée au beau milieu de la nuit à Bagan.
Dès le 11e siècle, les rois de Bagan firent construire, en 230 ans, plus de 4400 temples et sanctuaires pour donner corps à leur foi. On pourrait appeler cela les splendeurs du bouddhisme poussé à l’extrême ! Nous passons quatre jours à nous balader entre les vestiges de l’âge d’or de Bagan, les briques rouges des stupas du 11e siècle, épargnées de la horde des Mongols de Kubilai Khan en 1287.
Se balader en vélo pour découvrir les stupas et les temples est agréable en dépit de la chaleur qui s’abat sur la plaine en journée. Ainsi, c’est surtout au crépuscule que Bagan déploie toute sa splendeur.
A l’entrée des temples attendant toujours une horde d’enfants ou de femmes qui tentent de vendre des babioles (et des peintures !) made in china. En général, ils insistent tous lourdement, en poussant sur la corde sensible, mais nous connaissons la formule birmane sacrée, qui fait, que très vite, ce sont les jumelles (et les minivets !) qui attirent la curiosité et non plus le portefeuille.
En plus du Minivet de Jerdon, on peut rencontrer trois autres espèces endémiques de la zone sèche du centre de la Birmanie à Bagan. Le plus abondant est de loin le Cratérope à gorge blanche
Les pies-grièches à dos marron et les Chevêche brahmes apprécient particulièrement les stupas comme perchoir
Des petites bandes d’étourneaux vineux passent constamment en vol
Et les guêpiers d’Orient rajoutent une touche de couleur au un paysage déjà enchanteur
On croise toujours de nouvelles espèces d’agames, d’écureuils, de scorpions...
Nous faisons connaissance de Thi Dar, dans le Patho Dhammayangi, le seul temple fortifie de Bagan, 12ème siècle. La petite vendeuse met un point d’honneur à nous suivre partout, et ce pendant deux jours !
En sa compagnie, autour de Bagan et du vieux village, nous découvrons la vie rurale birmane…
L’artisanat local est d’abord réputé pour sa fabrication de laques, faite à partir de la sève d’un arbre.
Dans un petit village, Minnanthu, nous apprenons à manier la machine à tisser
Les tissus faits main sont très colorés, très beaux. Les filles ne peuvent résister à l’envie d’essayer les longyi.
On reprend le vélo tous trois vers de nouveaux temples et d’autres bouddhas, grands, petits, dorés, avec ou sans gecko…
Avant de nous séparer, Thi Dar nous invite à déjeuner chez elle. Ses parents et elle vivent dans une maison en bambou dans le Nouveau Bagan, de façon très rudimentaire. Thi Dar et sa mère nous concoctent un super repas avec trois fois rien et deux écuelles. Quand on entre dans la maison, on craint de passer le pied à travers le sol en bambou, plutôt mince…
Dernier crépuscule tous les trois à la Bupaya, qui couvre les flots de l’Ayeryawady (nouveau nom de l’Irrawady) de couleur or…
Dès le lendemain, nous voguons sur les immensités de l’Ayeryawady afin de rejoindre Pakokku, notre prochaine étape, 30km plus au nord de Bagan, en 2h de traversée.
Sur les falaises sableuses niche le Faucon laggar
Au loin, la silhouette d’un pont immense en grand chantier…Tandis que l’on croise des bateaux surchargés de bois, le plus souvent en direction de… la Chine, bien sur.
Hébergés à Pakokku chez l’habitant, c’est là que nous faisons la rencontre décisive de tout notre séjour birman. Mya et son fils nous apprennent énormément, et pas seulement sur le bouddhisme. Cette fois-ci, on rentre dans le vif du sujet, avec de vibrants témoignages sur la réalité de la vie birmane.
San Hyun nous emmène au marché de Pakokku.
On voit partout de la noix de Betel, chiquée dans toute l’Asie, qui colore d’un rouge sang les dents et la salive. Beaucoup sont dépendants du pouvoir grisant qu’elle provoque.
Un marchand exhibe fièrement ses feuilles de tabac gigantesques.
Du poisson séché partout, et l’odeur de cette infâme poudre grise de poisson et crevette broyés, que les Birmans affectionnent dans de nombreux plats… On a gouté…Véritablement, il existe une éducation des papilles qui se joue seulement à la naissance..Après, c’est souvent trop tard ! ;)
Là aussi, la vie de certaines famille est particulièrement dure…
C’est un bus (ou plutôt une diligence !) qui nous emmène ensuite à Monywa, sur une route pleine de nids de poule. La ville se situe au bord de la rivière Chindwin, qui traverse une grande partie du pays, de l’état Kachin à l’état Chin. Dernièrement, elle fit l’objet d’un projet de barrage gigantesque payé par la Chine pour la Chine, et dont l’annulation par le président birman ces dernières semaines fait grand débat, et met le feu aux poudres à Pékin…
Comme partout en Birmanie, les chiens errants sont légion, et la ville est bruyante. Les moines dès 5h du matin entament leur procession à travers la ville pour récupérer les dons de nourriture des habitants…
Les niveaux d’eau de la rivière sont hauts, ici aussi il a beaucoup plu. Nous traversons la Chindwin pour nous rendre vers les Grottes de Hpo Wing Daung.
Ces grottes renferment…bah, des bouddhas, pour changer tiens !
Des bouddhas, et des fresques.
Les peintures ont été restaurées au petit bonheur, ainsi, il est quasi impossible de leur attribuer un siècle…Maintenant, avec leur couleur vive, et leur encadré bien net, on croirait à de la bande dessinée sur les murs…
Les femmes vendent des feuilles d’or à coller sur les bouddhas ou des couronnes de fleurs à déposer en offrande. Des macaques nous suivent, dans l’espoir qu’on leur achète des biscuits…
Le jaune pâle des joues des jeunes filles est de la poudre d’écorce broyée de Thanakha. Il s’en vend dans toute la Birmanie, et constitue la crème solaire locale, en plus d’être un cosmétique.
Ensuite, à nouveau de longues heures de bus pour rallier Mandalay.
Deuxième plus grande ville du pays et dernière capitale royale, la ville est assez suffocante mais pleine de vie. Le marché aux fleurs est particulièrement plaisant (et l’arrivée de motos chargées de fleurs sur 3 m de haut est un spectacle incroyable !) de même que les couchers de soleil sur l’Irrawaddy !
Ici comme ailleurs, un incroyable business fleurit autour du bouddhisme !
Il faut des statues de bouddha pour les temples,
Et des feuilles d’or pour recouvrir ces mêmes bouddhas, les temples… Nous visitons une petite fabrique de feuilles d’or. Les hommes frappent des paquets de feuilles de bambou renfermant un petit lingot de 24 carats, et pour parvenir à le rendre plus fin qu’une feuille de cigarette (0,001mm), ils tapent dessus 5 heures d’affilée, à l’aide de masse pesant près de 3kg…Le plus jeune d’entre eux, tout à gauche sur le film, doit avoir une douzaine d’années… Les femmes, elles, préparent les paquets prêts à être frappés, et réalisent le package des feuilles d’or destinées à être vendues.
Ensuite, une partie d’entre elles sont achetées par les fidèles, qui vont les appliquer sur l’une des représentations de bouddha les plus sacrées du pays, celui de la Paya Mahamuni. On lui a collé tant de feuilles d’or depuis des décennies qu’il en est devenu tout boursouflé !
Dans les rues, les moniales ou Thylashins (femmes moines) font la quête, distinguées de leurs homologues
masculins par leur toge rose .
Nous visitons également une fabrique de textiles, notamment pourvue de machine de bobinage de soie, sur un modèle assez semblable de l’ancienne usine de Brossettes ! Cela fait plaisir à Max de les voir fonctionner.
Parmi l’artisanat local, les marionnettes sont courantes, et leurs spectacles semblent jouer un rôle traditionnel dans la vie culturelle birmane
Eux ne sont tout de même pas des marionnettes, mais hélas, plus vraiment des artistes subversifs non plus. La troupe des Moustache Brothers, tant vantée par le Lonely Planet, a eu ses heures de gloire, mais désormais, son spectacle, autorisé aux seuls étrangers, est plus constitué de parodies soporifiques des danses locales que d’humour engagé. A l’époque, deux des trois Moustache Brothers ont été arrêtés et condamnés à 7 ans de travaux forcés pour avoir tourné en dérision les généraux de la junte au pouvoir… On dirait bien que pour eux, le combat est terminé…
Courant à travers un vaste lac au sortir de la ville, le Pont U-bein est l’un des édifices les plus célèbres du pays. Long de 1,2 km de long, il est construit uniquement en teck, bois précieux dont le pays possède l’une des plus grandes réserves mondiales.
Des vendeurs et des enfants attendent les touristes à l’entrée… On a du bol d’être en basse saison, car il fait partie des sites visités par tous les tour-opérateurs.
Dans le village de l’autre côté du pont, on se fait inviter par un moine en train d’enseigner l’anglais à ses jeunes élèves.
On continue notre promenade à moto autour de Mandalay dans d’autres villages…
…puis sur la colline de Sagaing, d’où l’on admire les centaines stupas dorées qui ornent les collines alentours, haut lieu de retraite bouddhiste datant des royaumes des siècles précédents.
Pour terminer la visite des alentours sur les rives de l’Irrawady, à Mingun, un autre site religieux célèbre, dont les deux joyaux sont la paya Hsinbyune...
...et le paya de Mingun, la dernière tranchant étonnamment avec le style habituel ! Elle a d’ailleurs nécessité des milliers d’esclaves et forçats pour la bâtir, à la fin du 18ème siècle. Mais à la mort du roi de l’époque, en 1819, la construction a été interrompue, et 20 ans plus tard, un séisme l’a fortement endommagée… comme pour conjurer le sort !
La cloche de Mingun, destinée à l'édifice monumental , pèse 90 tonnes et est très appréciée par les enfants pour jouer ! Une belle fin de vie !
On rentre à Mandalay par le fleuve, au crépuscule, pour repartir le lendemain en pays Shan… objet du prochain article !